mercredi 28 novembre 2007

27/11/07 15h53 GMT+1

Dépêche AFP

Le spectre d'un 2005 bis plus violent inquiète élus, policiers et experts

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Deux ans après les émeutes de 2005, la mort de deux adolescents dimanche dans une collision avec une voiture de police fait planer le spectre d'un nouvel embrasement des banlieues, mais plus violent, s'inquiètent élus, policiers et sociologues.

"La situation est pire qu'il y a deux ans", affirme François Pupponi, maire socialiste de Sarcelles (Val d'Oise), où les affrontements de Villiers-le-Bel de dimanche et lundi ont fait tache d'huile.

Pour lui, la "crise sociale", facteur "d'explosion", s'est "aggravée" et la violence est "montée d'un cran". Elle n'est plus seulement dirigée contre les biens mais aussi contre les personnes, souligne-t-il.

Un constat partagé par des syndicats de policiers, à l'instar de Synergie officiers pour qui "on a déjà dépassé en intensité de violence ce qu'on a connu en novembre 2005".

Pour preuve, les 82 membres des forces de l'ordre blessés lors de la deuxième nuit d'émeute, dont un quart des effectifs de la compagnie de sécurisation de la préfecture de police, alors que 200 blessés avaient été dénombrés après trois semaines de troubles en 2005.

Outre "le début de contagion" aux autres départements d'Ile-de-France, "qui n'ont pas été épargnés avec leur lot de voitures incendiées", le souci majeur réside dans "l'usage quasi systématique d'armes à feu contre les policiers", avec des plombs de chasse de calibre 6mm, insiste Mohamed Douhane, membre du bureau national de Synergie.

Un responsable policier de haut niveau relève que "des policiers ont déjà été la cible de coups de feu dans le passé, mais de cette intensité, c'est une première".

"Dans une émeute, c'est zéro tué, zéro blessé du côté émeutiers, on aimerait que ce soit aussi le cas pour nous, policiers", s'inquiète cette source.

"Nous approchons de la catastrophe", avance même l'Unsa Police (premier syndicat de gardiens de la paix), réputé proche de la gauche.

Ce niveau de violence "est le signe d'une tension, d'une frustration et d'une haine de la police beaucoup plus forte", analyse Sebastian Roché, sociologue au CNRS et auteur de "Frisson de l'émeute, violences urbaines et banlieues" (Le Seuil, 2006).

Si les démarrages des émeutes de 2005 et des violences de Villiers-le-Bel présentent des similitudes -- la mort de deux enfants impliquant des policiers et une réaction spontanée d'une partie de la population --, la gestion semble "meilleure" cette fois-ci.

"La communication est plus prudente et plus respectueuse des familles, ce qui pourrait être facteur de limitation de la diffusion de la violence", poursuit M. Roché.

Mais pour son confrère Laurent Mucchielli, les autorités devraient mettre l'accent sur "la reconnaissance du statut de victimes des adolescents et de leurs familles".

"Or, depuis hier, les pouvoirs publics s'empressent, à tort ou à raison, de vouloir exonérer les représentants de l'Etat de toute responsabilité: juste ou pas sur le fond, c'est une erreur de communication si on veut apaiser les esprits", souligne le sociologue, directeur de recherche au CNRS.

Pour lui, un "changement de discours est nécessaire" et "ce n'est pas sorcier, ce gouvernement est par ailleurs tellement fort en communication".

A court terme toujours, les policiers de Synergie espèrent "une véritable réaction de la population de ces quartiers, qu'elle manifeste pour dire non à ces violences".

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